DOLCE

  • Dolce. 2016. Installation sonore. 200 x 100 x 20 cm. Assemblage bois, peinture.
    Réalisation pour le Papillon, une surface d’exposition nomade de l’ESBAN à la galerie quatre, Arles.




Faire (le) silence

Damien Charamel met en regard l’ordre de la langue et celui de la chose. Après avoir inscrit en réserve les lettres du mot « silence » sur les parois étalées d’une grande boîte en bois (le Papillon), il présente les planches disjointes de façon à les disperser. En effaçant le texte qui lui donnait sa signification, l’installation réussit pourtant paradoxalement à l’incarner. Le silence qu’elle voulait dire, elle l’est devenue. L’artiste nous fait les interprètes de la partition muette à laquelle renvoie le visuel de l’exposition. Le silence de ces planches fait entendre le vide qui habitait la boîte d’où elles proviennent. C’est pourquoi c’est bien une pause au sens musical du terme. La question fondamentale pour la musique de produire préalablement son outil-matériau, Damien Charamel la résout en la retournant sur elle-même : il fait de la déconstruction plastique de son instrument la base de sa composition silencieuse. L’œuvre devient un dispositif destiné non pas à produire des sons mais à nous faire entrer dans le « doux silence sans fin » qu’elle ouvre. Le langage devient un matériau à reconstruire autrement, et c’est son seul support qui en détermine la re-composition. Le mot « silence » au lieu de signifier quelque chose devient son propre fonds chosique. Damien Charamel laisse planer le doute sur le pouvoir de la signification de type linguistique à faire événement. Son installation instaure un monde muet au sens où l’entendrait Clément Rosset : seulement réel et posé dans l’existence. Il nous livre les bribes éclatées d’un message qui n’est pas un secret à décoder mais qui s’expose dans l’évidence de l’œuvre laissée à elle même. Ce qu’il y a alors à découvrir nous traverse et nous enveloppe. En morcelant le sens logique, il ne critique pas le langage mais en retourne les limites comme de l’extérieur. Ce qui fait sens est moins à lire qu’à laisser venir dans un effet physique de résonance. Dès lors le silence de l’œuvre n’a plus de fin. On comprend qu’il n’y a pas de message et que la présence comme telle est en elle-même le fond silencieux du mystère.


Mylène Duc, Janvier 2016